Fernand Pelloutier
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Souvenirs sur Amiens 12/12/2008 - Lu 865 fois
Pierre Monatte


Agone, « Villes et résistances sociales », n° 38-39, 2008, 310 p.

Site d'Agone

Il nous plait de signaler, à la fin d’un gros et passionnant numéro double d’Agone consacré à l’urbanisme moderne[1] et ses évolutions (peut-être pourrait on parler d’involution ?), la réédition des souvenirs de Pierre Monatte sur le congrès d’Amiens de la CGT (1906). Miguel Chueca, qui édite et présente ce texte, poursuit ainsi le travail commencé avec l’édition de l’analyse de Pouget sur le même congrès[2].

Disons le d’emblée, Monatte possédait une plume bien plus agréable que celle du Père peinard devenu syndicaliste, ce qui n’en rend que plus intéressante la lecture de ces « souvenirs ». Car il s’agit bien des souvenirs de Monatte sur Amiens, rédigés quelques 50 années plus tard, sur la demande de Jean Maitron, pour la revue L’Actualité de l’histoire (devenue plus tard l’actuel Mouvement social). C’était pour Monatte le premier congrès confédéral auquel il assistait. La relation qu’il en fait est instructive car l’auteur, comme à son habitude, émaille toujours une relation de faits avec des interprétations merveilleusement concises. Je retiendrai particulièrement celle concernant les origines de la Charte d’Amiens, motion votée dans un congrès qui représente — dixit Monatte — « le couronnement de la lutte contre le millerandisme ». C’est un des aspects de la Charte que le biographe de Griffuelhes Bruce Vandervort, suivant ici Monatte, considère comme essentiel et sous-estimé par les historiens[3]. Monatte en profite également pour exposer sa conception du syndicalisme révolutionnaire, et relativiser — sans le sous-estimer — l’apport anarchiste en présentant la naissance de ce mouvement par l’existence d’une « génération spontanée » (alliance de militants venus de tous les horizons révolutionnaires), qui redécouvre « instinctivement » les principes de la Première Internationale[4].

Ces aspects seraient sans doute difficile à comprendre au non-initié sans la présentation soignée de M. Chueca. Retraçant l’itinéraire militant du Monatte d’avant 1914, il éclaire les enjeux des débats qui se jouent dans ces années charnières du syndicalisme, qui pour être passionnants n’en demeurent pas moins complexes.


[1] J’ai particulièrement apprécié l’extrait d’un livre de Louis Chevalier paru en 1977. L’auteur de Classes laborieuses et classes dangereuses (Plon, 1958) y dresse un portrait au vitriol du « promoteur » tout a fait saisissant.

[2] E. Pouget, 1906. Le congrès syndicaliste d’Amiens, présentation et notes de M. Chueca, Paris, Ed. CNT-RP, 2006, 143 p. Voir la recension sur Pelloutier.net.

[3] B. Vandervort, Victor Griffuelhes and French Syndicalism, 1895-1922, Baton Rouge, Louisiana State university press, 1996, pp. 124-125.

[4] Monatte n’en démord pas sur ce point, puisque Jean Maitron se senti obligé, dans le corps même de son Histoire du mouvement anarchiste en France (p. 291, note 82 de l’édition Maspero de 1975) de faire état au lecteur de l’opinion du vétéran syndicaliste, tout en réaffirmant l’importance des militants et des idées libertaires sur le mouvement syndical des années 1900.

Section : Les Parutions >> 2008
Titre : Souvenirs sur Amiens - Pierre Monatte
Pour citer cet article : http://www.pelloutier.net/livres/livres.php?ref=40
(consulté le 03-09-2010)

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