Fernand Pelloutier
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[publié le 15/07/2005 - Lu 1009 fois]

La grève bat son plein chez Renault ? A bas le « chronométrage » ! ? Comment on fait d?un ouvrier une brute à surproduire.
Par Victor Roudine
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Source : La Bataille Syndicaliste, 13 février 1913.

Le chronométrage doit être extirpé, le prolétariat ne peut pas laisser acclimater l’odieuse méthode de Taylor – Telle est la volonté de unanime des grévistes des établissements Renault.

Et la classe ouvrière tout entière les approuvera !


L’atelier enlevé aux ouvriers

Le patronat veut introduire le système du chronométrage pour augmenter la production dans des proportions insoupçonnées. Ce n’est là que son but immédiat. La méthode Taylor lui permet de viser plus haut.

Ce qu’il veut, c’est priver les ouvriers de toute initiative dans leur travail. Ce qu’il veut, c’est leur enlever toute ombre d’influence directe sur la marche de la production.

Comment il procède ? C’est bien simple. Il ne permet plus à l’ouvrier de penser. C’est dans le bureau de chronométrage qu’on fait, pour lui, l’effort cérébral nécessaire. Quant à lui, il n’a qu’à exécuter rapidement et interminablement un des nombreux mouvements dans lesquels se décompose chaque opération.

Voilà comment le patron espère abaisser le niveau moral des travailleurs, les dégoûter du travail et, du même coup, les priver de tout idéal !

Les entraîneurs […] ne travaillent pas


Pour « entraîner » les ouvriers, Renault à sa disposition une équipe de chronométreurs, composée d’anciens ouvriers, véritables brutes ceux-là, et de jeunes techniciens, sortis de l’école professionnelle.

     
Ces chronométreurs font des essais « préparatoires ». Ils fixent le temps minimum qu’il faut pour exécuter le maximum de pièces. Ce sont ces résultats qui servent de base pour établir les salaires des travailleurs !

Naturellement, ces individus se gardent bien de travailler à côté des ouvriers.

En décembre, lors du dernier mouvement, Renault a promis que les chronométreurs travailleraient tout le temps avec les ouvriers.

Mais ce serait, n’est-ce pas, la débâcle de tout le système. Car les chronométreurs ne pourraient supporter, [pas] plus que les ouvriers, la terrible course à la vitesse et le surmenage continu.

Aussi Renault n’a pas tenu ses promesses. Ses chronométreurs ne travaillent que cinq ou six heures par semaine ! Juste le temps pour établir une nouvelle série de prix…


[Un] danger pour tout le prolétariat

Ne croyez pas cependant que seule la construction mécanique est menacée par la méthode de l’ingénieur Taylor.

Celui-ci la recommande tout particulièrement à l’industrie du Bâtiment et à la Métallurgie.

Les maçons poseront les briques d’une manière « scientifique ». La « flânerie » des travailleurs sera bannie. Il ne faudra plus qu’ils perdent un seul instant et chacun de leurs mouvements sera étudié à l’aide du chronomètre !

Il est possible d’appliquer ces principes à toutes les industries…

Et Taylor dit que sa méthode est véritable machine de guerre contre le syndicalisme ouvrier. Il a raison ! Ne la laissons donc pas implanter dans ce pays.


Victor Roudine
Section : Bibliothèque syndicaliste -
Titre : La grève bat son plein chez Renault ? A bas le « chronométrage » ! ? Comment on fait d?un ouvrier une brute à surproduire. - Par Victor Roudine
Pour citer cet article : http://www.pelloutier.net/dossiers/dossiers.php?id_dossier=71 (consulté le 20-05-2013)

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