|
Cet article est paru dans le recueil collectif suivant :
Collectif, Le syndicalisme révolutionnaire, la Charte d'Amiens et l'autonomie ouvrière, Paris, Ed. CNT Région parisienne, 2009, 271 p.
Il contient deux annexes, composées d'articles parus dans L'Humanité en 1908 : → Louis Niel, « La course à la mort » → Victor Griffuelhes, « Amiens-Marseille »
|
La Charte d’Amiens est sans aucun doute le document le plus connu et le plus cité en matière de référence identitaire du syndicalisme français. Le terme même, par son aspect solennel et sa signification juridique, marque l’importance qui doit être attribuée à ce qui n’était somme toute qu’une motion de congrès, votée à la quasi-unanimité par les délégués de la CGT réunis à Amiens en octobre 1906.
Adoptée dans un contexte particulier — marqué par la volonté de la fraction guesdiste du parti socialiste de créer des liens permanents entre les deux organismes du mouvement ouvrier —, la validité de la charte fut régulièrement réaffirmée par les congrès confédéraux de 1908 et de 1910. Jusqu’à ce que, en 1912 au congrès du Havre, la CGT lui confère le statut de « constitution morale de la classe ouvrière organisée »[1]. L’importance de ce document dans l’histoire du syndicalisme français n’est plus à démontrer, et c’est certainement la question de l’indépendance organisationnelle qui en fait, suivant l’expression de Jacques Julliard, la « doctrine de Monroe » du syndicalisme français[2].
Pourtant, le texte de la motion d’Amiens est suffisamment malléable pour que plusieurs interprétations cohabitent tout au long de l’histoire, et que le document soit régulièrement instrumentalisé par les différentes organisations qui se sont succédées depuis la scission syndicale de 1921 jusqu’à nos jours. Au milieu des années 1920, Pierre Besnard écrivait à ce propos :
« Quelle que soit l’évidente clarté de la charte d’Amiens, elle ne parvint pas à dissiper toutes les équivoques, à éviter les querelles. Et aujourd’hui, plus que jamais, c’est autour d’elle qu’on se dispute »[3].
De fait, l’historiographie n’a jamais vraiment cherché à connaître l’origine et le contexte qui ont abouti à conférer le statut de charte à une simple motion de congrès. La plupart des historiens s’accordent à voir la généralisation du terme aux alentours de 1912 — et donc du congrès du Havre — dans un contexte de réaffirmation de l’indépendance politique de la CGT vis-à-vis « des partis et des sectes » qui ambitionnaient d’influer sur son orientation. Henri Dubief a été le seul, à notre connaissance, à affirmer de façon très catégorique que l’usage de ce terme n’intervint pas avant 1910, mais sans citer de source ni développer plus avant[4].
En publiant ici deux articles écrits par les principaux protagonistes du débat qui présida à « l’invention » de la charte d’Amiens, nous souhaitons éclairer un moment particulier et finalement assez méconnu du syndicalisme français. On verra que la querelle d’interprétation autour de la charte débuta très tôt, à peine plus d’un an après son adoption. Une telle remise en perspective permet d’identifier les différentes strates de rédaction qui composent la motion d’Amiens, et participe d’une meilleure compréhension de l’histoire des appropriations conflictuelles dont elle a fait l’objet.
Il n’était pas besoin de chercher bien loin ces premières définitions de la Charte, puisque les textes en question ont été publiés dans L’Humanité en 1908. Il y a là, avouons-le, une énigme de l’historiographie du syndicalisme qui nous échappe. Comment ne pas s’étonner, au regard de l’imposante littérature sur le syndicalisme, qu’aucun chercheur n’ait songé à dépouiller la « Tribune syndicale » de L’Humanité, pourtant signalée en 1976 par Madeleine Rebérioux comme méritant « une étude systématique » ?[5] Serait-ce un effet de la désaffection dans laquelle est tombée l’histoire du mouvement ouvrier, et avec elle une certaine conception de l’histoire sociale ? Il est vrai que cette sorte d’histoire apparaissait déjà, il y a quarante ans, comme un discours qui « semblait s’enfermer dans l’analyse de conflits abstraits, de batailles d’organisations, dans un événementiel dont l’intérêt nous échappait », dixit Jacques Revel, qui semble aujourd’hui le regretter[6]. Serait-ce encore, pour reprendre une expression d’Alain Boscus défrichant les rapports peu étudiés de Jaurès avec le syndicalisme révolutionnaire, un effet de cette sorte « d’éviction du social, assez caractéristique de notre époque » ?[7]
Plus de cent ans après l’adoption du plus célèbre document d’orientation du syndicalisme français, nous sommes heureux de présenter ici les premières expressions de cette fameuse « charte » du syndicalisme français. Conçue au départ comme une simple mise au point sémantique, cette note s’est vite transformée en recherche plus conséquente dont il ne sera donné ici que quelques éléments destinés à faciliter la compréhension des documents[8]. Loin d’être anecdotique, cette « invention » de la Charte d’Amiens éclaire un moment particulier de l’évolution du syndicalisme révolutionnaire.
~~~~
Voici donc deux articles publiés en octobre et novembre 1908, dans la « Tribune syndicale » que Jaurès à ouvert depuis 1906 aux différentes sensibilités syndicalistes au sein du quotidien socialiste l’Humanité. L’article de Louis Niel, paru dans le numéro daté du 29 octobre, est une réaction à chaud au congrès que la CGT tint à Marseille au début du même mois. Le titre même de l’article, « La course à la mort », indique la tonalité du jugement porté sur les débats confédéraux. La réponse du secrétaire de la CGT, Victor Griffuelhes, est plus tardive. Et pour cause, il était emprisonné avec une bonne partie du bureau confédéral à la suite des événements de Villeneuve-Saint-Georges.
Louis Niel peut être considéré comme un des fondateurs de la CGT, notamment au regard de sa contribution à l’unité ouvrière en 1902 — absorption de la Fédération des Bourses du travail dans la CGT —, qui constitue le véritable acte de naissance de la confédération. Garçon de café puis typographe, Niel fut nommé secrétaire de la Bourse du travail de Montpellier en 1901. Il fut incontestablement influencé par l’anarchisme durant ses premières années de responsabilités syndicales[9], mais amorça une évolution sensible qui se manifesta au grand jour durant les séances du congrès d’Amiens.
La première partie de son texte constitue une analyse exclusivement apolitique de la motion d’Amiens, la rapportant au seul paragraphe qui renvoie les « partis et les sectes » à leur besogne et qui interdit au syndiqué d’introduire ses opinions dans le syndicat. Agissant ainsi, L. Niel confère « solennellement » le caractère de « charte » au seul passage de la motion qu’il aurait rédigé[10]. Et de son propre aveu, la charte d’Amiens plante « l’axe » du syndicalisme sur le terrain strictement corporatif. Or, soutient Niel, ce principe fondamental du syndicalisme n’a pas été respecté. Des deux formes d’instrumentalisation politique contraires à la motion d’Amiens, si, deux ans plus tôt, la socialiste a échoué, à contrario le congrès de Marseille a consacré la victoire de celle des « hervéo-anarchistes »[11]. Avec cette victoire, la motion d’Amiens est détruite, et le syndicalisme entraîné dans une « politique » anarchiste qui n’a rien à envier à sa concurrente socialiste. Enfin, par un subtil jeu de retournement, Louis Niel, qui, un peu plus avant dans le texte, s’arroge pratiquement la paternité de la motion d’Amiens, essaye de démontrer la similarité entre les positions des principaux rédacteurs de la charte (Griffuelhes et Pouget emprisonnés) et les siennes. C’est là une des manifestations de la tentative de Niel, en 1908, de rassembler dans ce qu’il appelle « le centre » des éléments des deux extrêmes, fatigués des outrances anarchistes et du dogmatisme guesdiste[12]. Cette tentative fit long feu. Mais elle permit cependant à son héraut de se poser en véritable prétendant à la direction du courant réformiste de la CGT. Son élection, à une voix près, au secrétariat de la CGT en 1909 vint couronner ces efforts, mais son bref passage aux responsabilités confédérales fut si court et tumultueux qu’il fut dans l’impossibilité totale de mettre ses idées en pratique.
La réponse de Victor Griffuelhes est sans appel. Le secrétaire de la CGT, refusant l’équivoque, affirme sa totale conformité de vue avec la position adoptée au Congrès de Marseille, celle-ci étant simplement considérée comme le complément de la motion d’Amiens. Il se livre ensuite à l’analyse de la véritable signification de la « charte » (entre guillemets) qui se passe de commentaire et constitue un résumé de la doctrine syndicaliste révolutionnaire appliquée à l’antipatriotisme. Mais Griffuelhes réaffirme aussi fortement la paternité de la motion d’Amiens, évoquant l’opposition de Niel au moment de sa rédaction, et s’étonnant ainsi que ses adversaires d’hier se réclament d’elle en lui donnant une « interprétation bizarre ».
L. Niel n’est pas le seul à avoir vu dans le congrès de Marseille un congrès un peu particulier. Les contemporains tout comme les historiens en ont renvoyé l’image d’une des assises confédérales les plus radicales. En donnant une interprétation si particulière de la motion d’Amiens, L. Niel, qui était fin tacticien, déplaçait l’angle d’attaque du courant réformiste sur le fond, c’est-à-dire le respect des orientations statutaires. Si l’assimilation du syndicalisme révolutionnaire à l’anarchisme était une constante des réformistes[13], leur lutte contre le bureau confédéral mené par le trio Griffuelhes-Pouget-Yvetot s’était jusque là concentré sur la représentation proportionnelle. À partir de l’invention de la Charte d’Amiens par Louis Niel et de son interprétation minimaliste, c’est l’antipatriotisme, à travers la question des relations internationales, qui est accusé de violer la charte d’Amiens, puis, plus généralement, ce sont les modes d’action du syndicalisme révolutionnaire qui deviennent contraires à l’apolitisme de la célèbre motion. Or, à Marseille, la résolution adoptée par la majorité révolutionnaire sur l’attitude de la CGT en cas de guerre[14] stipule le recours à la grève générale révolutionnaire. C’est ce dernier point qui provoque l’ire de Louis Niel et des opposants à l’orientation confédérale. C’est cette résolution qui, selon eux, fait rentrer la politique — anarchiste en l’occurrence — par la fenêtre confédérale alors que la motion d’Amiens était censée lui avoir fermé définitivement la porte.
L. Niel avait déjà utilisé le terme de charte dans les débats préparatoires au congrès de Marseille, dont l’essentiel s’est tenu dans la presse[15]. On ne s’étonnera donc pas de ne trouver qu’une seule mention du terme dans le compte rendu du congrès. La polémique avait été rude, notamment avec les militants de La Guerre sociale, dont certains engagent par la même occasion une véritable critique de la motion d’Amiens[16]. Très subtilement, en réduisant exclusivement la résolution à sa dimension apolitique, Niel entendait exaspérer les divergences qui se faisaient jour depuis 1907 entre les courants assez disparates qui composaient la majorité révolutionnaire de la CGT.
Pourtant, jusqu’au milieu de l’année 1907, les seuls opposants résolus à la Charte avaient été les guesdistes, qui avaient immédiatement condamné « le confusionnisme et la déviation syndicaliste » de l’orientation confédérale[17]. On peut même trouver la première mention du terme de « charte » pour qualifier les statuts confédéraux sous la plume d’un dirigeant anarchiste de la CGT, Paul Delesalle, dans une brochure parue vers mai 1907[18]. Amédée Dunois, en rendant compte dans la principale publication anarchiste de l’époque, Les Temps nouveaux, précise la pensée de Delesalle en parlant de la « fameuse décision d’Amiens qu’on peut considérer comme la charte du syndicalisme »[19]. Dans les deux cas, cette interprétation est conforme à celle donnée par Griffuelhes dans sa réponse à Niel, et que Delesalle résumait de la manière suivante : « Résolution du Congrès d’Amiens, définissant le syndicalisme, affirmant qu’il est un parti autonome et de révolution et se suffisant à lui-même. »[20]
En octobre 1908, deux interprétations de la résolution d’Amiens sont donc en concurrence. Mais à la différence du courant syndicaliste révolutionnaire qui affirme sa paternité sur le texte, l’interprétation réformiste portée par Louis Niel parait clairement sous-tendue par des considérations tactiques et conjoncturelles[21]. Et pour cause ! Dès 1907, la motion d’Amiens fit l’objet d’une série de critiques provenant d’une composante majeure du courant syndicaliste révolutionnaire : le mouvement anarchiste. Du côté des libertaires participants à l’aventure socialiste révolutionnaire de la Guerre sociale, qui jouèrent un rôle important durant le congrès de Marseille, le neutralisme de la motion d’Amiens est clairement stigmatisé comme un frein au développement de la propagande révolutionnaire, et représente une concession aux réformistes dans la mesure où il cantonne le syndicalisme au corporatisme le plus réactionnaire. Les principaux animateurs des Temps nouveaux — le périodique anarchiste français qui pouvait s’enorgueillir d’avoir accueilli certaines des plus grandes plumes du syndicalisme libertaire — quant à eux, identifièrent une autre ligne de rupture, idéologique cette fois ci. Quelques mois après Amiens, Jean Grave et Marc Pierrot s’élevaient contre ce qu’ils considéraient comme une récupération abusive du syndicalisme révolutionnaire par la « Nouvelle école » du Mouvement socialiste. Cette mise au point concourra à clarifier les divergences entre deux courants de l’anarchisme favorables au syndicalisme. N’est-il pas révélateur que les plus importants rédacteurs de la rubrique syndicale des Temps nouveaux mirent un terme à leur collaboration à partir de 1906-1907 ? Alors que les raisonnements simplistes et paranoïaques d’un Janvion faisaient office d’analyse à la Guerre sociale[22], le groupe des Temps nouveaux développait une analyse originale. Le syndicalisme révolutionnaire, illustré par la motion d’Amiens, ne doit pas entraver la propagande révolutionnaire, auquel cas cette dernière oeuvrerait dans un sens contraire aux intentions de ses concepteurs. Le syndicalisme est un des principaux mouvement révolutionnaire, mais ne reste malgré tout qu’un moyen permettant d’accéder au but ultime : l’anarchie[23]. D’ailleurs, sur le plan de la tactique comme de la doctrine, les animateurs de la CGT n’ont rien inventé, puisqu’ils ne font que continuer l’œuvre du courant anti-autoritaire de la Première Internationale[24]. Interprétée de manière restrictive par les collaborateurs de la revue d’Hubert Lagardelle, la motion d’Amiens — et le syndicalisme qui en découle — s’éloigne de l’anarchisme, notamment en attribuant à l’idée de « classe ouvrière » une interprétation marxiste, selon laquelle le prolétariat a un rôle historique prédéterminé. Pour Les Temps nouveaux, si le syndicalisme constitue le meilleur moyen d’action des minorités agissantes, son but doit rester conforme à l’anarchisme dont il est une des expressions., et se donner pour objet la libération totale de tous les individus. En d’autres termes, la réconciliation de l’anarchisme et du marxisme prônée par la « nouvelle école » est inacceptable et dangereuse[25].
L’emprisonnement des principaux dirigeants syndicalistes révolutionnaire pendant le congrès de Marseille empêcha la polémique d’éclater publiquement en dehors des organes de la presse militante. Les délégués révolutionnaires, quelles que soient leurs divergences, firent corps contre l’offensive réformiste d’un nouveau genre menée par L. Niel. Mais en prêchant l’union des révolutionnaires assagis et des réformistes dans un « centre » hypothétique, en insistant sur les conséquences pratiques de la « charte d’Amiens », en exacerbant les divergences entre ceux que Griffuelhes qualifiait de « braillards » en 1907 et les partisans des dirigeants confédéraux, Niel avait intelligemment réunis les conditions d’un changement de majorité confédérale. Son élection au secrétariat de la CGT en 1909, dont nous avons dit qu’elle tourna court, fut donc rendue possible par les divergences du camp révolutionnaire.
Si le secrétariat de Niel fut de courte durée, il marqua cependant le début d’une nouvelle ère à la CGT. L’élection du jeune allumettier libertaire Léon Jouhaux, qualifié dans un premier temps de « phonographe » de Griffuelhes, au secrétariat confédéral, pouvait laisser penser que rien n’avait vraiment changé. En réalité, une nouvelle génération arrivait aux responsabilités, et des figures telles que Émile Pouget ou encore Paul Delesalle s’effaçaient lentement de la vie confédérale. La crise passée, le centre de gravité du syndicalisme révolutionnaire se déplaçait insensiblement vers le noyau de la Vie ouvrière, fondé par Pierre Monatte fin 1909.
L’épisode Niel oublié, la direction confédérale emmenée par Léon Jouhaux allait pouvoir reprendre sans état d’âme la dénomination de « charte » pour qualifier la motion d’Amiens, notamment dans l’article publié dans la Bataille syndicaliste en 1912, et resté dans les mémoires sous l’appellation étrange d’Encyclique syndicaliste. Mais il n’est plus question d’attribuer prioritairement un quelconque caractère révolutionnaire ou réformiste à cette Charte autrement que de manière incantatoire. A ce moment là, La charte d’Amiens se transforme simplement en charte d’unité, permettant à différentes sensibilités de cohabiter au sein d’un seul organisme central de la classe ouvrière.
[1] Confédération générale du travail, XVIIIe congrès national corporatif (XIIe de la CGT) et 5e Conférence des Bourses du travail et Unions de syndicats. Tenus au Havre du 216 au 23 septembre 1912. Compte rendu des travaux, Le Havre, Imprimerie de l’Union, [1913], p. 157.
[2] J. Julliard, « La charte d’Amiens, cent ans après. Texte, contexte, interprétations », Mil neuf cent, « Le syndicalisme révolutionnaire. La charte d’Amiens a cent ans », n° 24, 2006, p. 9.
[3] P. Besnard, « Confédération générale du travail », in Sébastien Faure (dir.), Encyclopédie anarchiste, Paris, La Librairie internationale, 1925-1934, t. 1, pp. 401-402.
[4] « N’est-il pas symptomatique que la motion d’Amiens commence à être appelée vers 1910 (et jamais avant cette date) la charte d’Amiens ? », cf. Le syndicalisme révolutionnaire, présenté par Henri Dubief, Paris, A. Colin, 1969, « coll. U », p. 50.
[5] Cf. Jean Jaurès, La classe ouvrière, texte rassemblés et présentés par M. Rebérioux, Paris, Maspero, 1976, p. 137.
[6] Dans cette intervention originale, J. Revel constate qu’il reste beaucoup à faire en histoire du mouvement ouvrier. Cf. Jacques Revel, « Une histoire et ses acteurs », in Pour une histoire de la Deuxième Gauche. Hommage à Jacques Julliard, Paris, Bibliothèque nationale de France, 2008, pp. 77-84.
[7] Alain Boscus, Jean Jaurès. La CGT, le syndicalisme révolutionnaire et la question sociale, Toulouse, Institut régional d’histoire sociale CGT de Midi-Pyrénées, 2008, 88 p.
[8] Le dossier sera complété et mis en ligne sur <http://www.pelloutier.net>.
[9] Jean Maitron a mis en doute l’appartenance de Niel au mouvement libertaire. S’il n’est pas prouvé que Niel ait fréquenté un groupe libertaire à Montpellier, son adhésion aux idées anarchistes ne fait pour moi aucun doute. Devenu, à partir de 1907, un des porte parole du courant réformiste de la CGT, Niel était régulièrement attaqué par ses anciens amis, qui lui reprochaient l’abandon de ses idées. Niel n’a jamais réfuté ces critiques, que ce soit dans la presse (et il répondait fréquemment aux invectives) ou dans ses interventions publiques, aux congrès notamment. Cf. J. Maitron, Le mouvement anarchiste en France. T. 1 : Des origines à 1914, Paris, Maspero, 1975, p. 310.
[10] Dans une lettre à Robert de Marmande, datée du 10 juillet 1939 et publiée dans l’hebdomadaire de R. Belin, Syndicats, L. Niel précisait que sa collaboration à la rédaction de la Charte d’Amiens « se limita à l’introduction de cet alinéa : Comme conséquence, en ce qui concerne les individus, le Congrès affirme l'entière liberté pour le syndiqué, de participer, en dehors du groupement corporatif, à telles formes de lutte correspondant à sa conception philosophique ou politique, se bornant à lui demander, en réciprocité, de ne pas introduire dans le syndicat les opinions qu’il professe au dehors. ». Cf. R. de Marmande, « Niel m’écrit », Syndicats, n° 145, 19 juillet 1939, p. 2.
[11] Alliance des anarchistes et des militants révolutionnaires proches du journal de Gustave Hervé, La Guerre sociale.
[12] Cf. L. Niel, « Vers le centre », L’Humanité, 20 août 1908.
[13] Tout comme des guesdistes d’ailleurs, qui créèrent à la même époque le néologisme « anarcho-syndicalisme ». Je me permet de renvoyer ici à A. Lorry, « 1907. Les guesdistes contre l’anarcho-syndicalisme », disponible en ligne : <http://www.pelloutier.net/dossiers/dossiers.php?id_dossier=262>
[14] Résolution issue elle-même d’une négociation entre le bureau confédéral intérimaire (Merrheim, Luquet, Desplanques) et l’Union des syndicats de la Seine dominée par les « hervéo-anarchistes ».
[15] Voir par exemple L. Niel, « La politique au congrès confédéral », La Revue syndicaliste, n° 46-47, 1er-15 octobre 1908, pp. 148-154.
[16] Voir notamment E. Janvion, « Sophismes du syndicalisme d’action oblique », La Guerre sociale, n° 42, 30 septembre-6 octobre 1908.
[17] Par exemple : P.-M. André, « Le syndicalisme », Le Socialiste, n° 78, 27 octobre-3 novembre 1906, p. 2.
[18] « […] ces travailleurs […] ont inscrit en tête de leur « charte » — les statuts confédéraux — qu’ils luttent pour des fins révolutionnaires, pour la disparition du salariat et du patronat. » Cf. P. Delesalle, la Confédération générale du travail. Historique, constitution, but, moyens, Paris, La Publication sociale, 1907, coll. « Bibliothèque d’études économiques et syndicalistes, n° 3 », p. 22.
[19] A. Dunois, « Bibliographie », les Temps nouveaux, n° 6, 8 juin 1907, p. 6.
[20] P. Delesalle, La Confédération…, op. cit., p. 29 (annexe reproduisant la motion d’Amiens).
[21] C’est d’ailleurs ce que semble insinuer Griffuelhes, rappelant le refus de Niel de contresigner sa motion.
[22] Janvion, critiquant la motion d’Amiens, commence à mener une campagne contre la franc-maçonnerie, accusée de noyauter la CGT. Il en viendra ensuite, avec ses compères de la Guerre sociale, à dénoncer le « fonctionnarisme » des permanents, et à stigmatiser le « ministère confédéral » de Griffuelhes et de ses amis. Emile Janvion évolua par la suite vers l’antisémitisme.
[23] On reconnaîtra ici la communauté de vue avec les positions de Malatesta, exposées au congrès anarchiste international d’Amsterdam en 1907.
[24] M. Pierrot va même jusqu’à insinuer que l’appellation syndicalisme révolutionnaire a été adoptée afin de ne pas soulever de prétentions de la part des ouvriers potentiellement effrayés par l’étiquette anarchiste : « […] ce dernier terme est un épouvantail pour les ignorants et les timides. » Cf. M. Pierrot, « Le syndicalisme », Le Temps nouveaux, n° 2, 11 mai 1907, pp. 1-2.
[25] Il va sans dire que les animateurs du Mouvement socialiste ne manquèrent pas de répondre aux attaques de Pierrot et de Grave. Edouard Berth ou encore Hubert Lagardelle mirent en évidence les différences majeures qui séparaient, selon eux, l’anarchisme et le mouvement nouveau apparu avec la CGT : le syndicalisme révolutionnaire. Cf., E. Berth, Les nouveaux aspects du socialisme, Paris, Marcel Rivière, coll. « Bibliothèque du Mouvement socialiste, n° 6 », 1908, 61 p. ; H. Lagardelle, « Anarchisme et syndicalisme », in H. Lagardelle (ed.), Syndicalisme et socialisme, Paris, Marcel Rivière, coll. « Bibliothèque du Mouvement socialiste, n° 1 », 1908, pp. 59-63.