Fernand Pelloutier
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[publié le 15/02/2008 - Lu 326 fois]

Monatte le pur
Maurice Chambelland
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L’acte majeur de la vie de Pierre Monatte fut sa démission du Comité confédéral de la CGT le 6 septembre 1914.

Il représentait les unions départementales des syndicats du Rhône et du Gard. Il déclara ne pouvoir accepter la position prise par l’organe directeur de la CGT. Il refusa de se rallier à la politique de guerre et d’union sacrée.

« Si l’humanité, écrivait-il, doit connaître un jour la paix et la liberté, au sein des États-Unis du monde, seul un socialisme plus réel et plus ardent, surgissant des désillusions présentes, trempé dans les fleuves de sang d’aujourd’hui, peut l’y mener. Ce n’est pas, en tout cas, les armées des Alliés, non plus que les vieilles organisations déshonorées qui le peuvent.

« C’est parce que je crois, chers camarades du Gard et du Rhône, que la CGT s’est déshonorée par son vote du 6 décembre, que je renonce, non sans tristesse, au mandat que vous m’avez confié. »

Pendant que de nombreux fonctionnaires syndicaux se ruaient aux sursis d’appel, Monatte — qui n’était pas mobilisable — fut récupéré et envoyé au front. Il y resta durant toutes les hostilités, souvent dans les endroits les plus dangereux, au Chemin des Dames notamment.

La revue qu’il avait fondée en 1909, la Vie ouvrière — et dont le contenu reste inégalé — cessa de paraître. Elle avait déjà réuni un public remarquable.

A sa démobilisation, tout naturellement Monatte se déclara solidaire de la Révolution russe. Il reprit la publication de la Vie ouvrière sous la forme de journal hebdomadaire. En 1920, lors de la grande poussée ouvrière, il fut compris dans le prétendu complot contre la sûreté de l’État. Les emprisonnés restèrent près d’un an en prévention pour être finalement acquittés.

Monatte adhéra au Parti communiste. Mais il n’était pas homme à supporter l’obéissance passive. Il fut exclu en 1924 avec Rosmer et Delagarde.

Il fonda aussitôt sa deuxième revue : la Révolution prolétarienne, qui paraît toujours et mène le combat pour la renaissance du syndicalisme et pour l’unité syndicale. Il dénonça les crimes de Staline.

Pierre Monatte sut conserver intacte sa position pendant la Deuxième Guerre mondiale.

Il est mort à Vanves, ce 27 juin 1960, sans avoir rien renié de sa vie militante.

Il exerçait le métier de correcteur d’imprimerie. Il n’a jamais vécu que de son salaire. Son existence fut claire.

Dans les années sombres de l’Occupation, ma compagne eut, un jour, une conversation avec un secrétaire de fédération appartenant à la tendance Jouhaux, Milan, des Chapeliers.

Milan lui dit ceci :

« Il y a une chose que nous n’avons pas pardonnée à Monatte. C’est d’être resté lui-même. Il est resté ce que nous étions tous avant 1914. Nous avons tous quelque chose à nous reprocher. Lui est resté pur. Pour nous, Monatte est un reproche vivant. »

Monatte le Pur n’est plus, mais son souvenir durera.

Section : Le syndicalisme révolutionnaire en France - Témoins
Titre : Monatte le pur - Maurice Chambelland
Pour citer cet article : http://www.pelloutier.net/dossiers/dossiers.php?id_dossier=236 (consulté le 09-02-2010)

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