Fernand Pelloutier
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AccueilLes Dossiers >> La Vie ouvrière (1909-1914) >> La Vie ouvrière, n° 5, 5 décembre 1909
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[publié le 26/09/2006 - Lu 412 fois]

En deux mois 500 abonnés - en quatre ?... 1000
Pierre Monatte
moins plus


Quelques amis nous ont demandés, à la suite de notre dernière couverture : Eh bien ! ça ne va pas ? -- Comment ? Ça ne va pas ? — Oui, votre dernière couverture était moins enthousiaste, moins chaude, moins confiante. J’avais crû... — Vous aviez tort, absolument tort de croire que nous n’étions pas complètement satisfaits et que la Vie Ouvrière ne marchait pas...

Elle marche. Elle marche à grands pas vers le millier d’abonnés. Au moment où j’écris, nous avons dépassé le chiffre de 450 abonnés ; avant dix jours nous aurons les cinq cents.

Ces cinq cents abonnés seront venus en deux mois. Qu’on nous cite une revue du même genre ayant atteint ce chiffre dans le même temps. De nombreux amis nous avaient dit que si nous arrivions à 3 ou 400 en un an, ce serait raisonnable. D’autres — des amis ? — ne nous disaient pas à nous, mais à qui voulait les écouter, que si nous arrimons à 95 abonnés ce serait un succès.

Nous passant des bénédictions de ces derniers, surmontant les craintes sincères de certains amis, nous nous sommes mis à la besogne, hardiment. Nous estimons que notre peine, loin d’être vaine, a été largement récompensée.

Mais il ne s’agit pas d’en rester là. En deux mois, nous avons reçu cinq cents abonnements. Il faut que dans les deux mois de décembre et de janvier nous en recevions cinq cents autres.

C’est possible. Et du moment que c’est possible, il faut à tout prix le réaliser.

La plus grosse difficulté que nous ayons rencontrée dans le recrutement des abonnés, la voici : La crainte que la VIE OUVRIÈRE ne vive pas.

Quantité de lettres reçues en témoignent. Pas mal de conversations, aussi. Que de fois on nous a dit — à nous ou à des amis-- : je m’abonnerais bien, mais j’ai peur que la Vie Ouvrière fasse comme la Révolution, qu’elle meure au bout de deux mois.

Si vous en doutez, voyez cette lettre d’un camarade de Morez (Jura) :

« Au reçu du carnet d’abonnement de la Vie Ouvrière, je m’en fus trouver quelques camarades susceptibles de s’abonner. Tous m’ont répondu : « Ah ! oui, encore un nouvel organe qui fera probablement comme la Révolution. « Non ! Non ! Attends quelques mois. Lorsque la Vie Ouvrière sera sûre de pouvoir vivre, nous marcherons. »

« En février, lors de la création du quotidien précité, j’avais recueilli une dizaine d’abonnements que j’allais envoyer au journal quand, brusquement, il sombra. Un peu confus, je rendis l’argent aux camarades ; ils ne perdirent rien, mais restèrent et sont encore très pessimistes au sujet de la réussite des entreprises de ce genre.

« Les syndicats ? Néant...

« Donc, à Morez, pas moyen de rien faire pour le moment. Moi-même ai payé 9 francs une cinquantaine de numéros de la Révolution. C’est assez — pour cette année du moins...

« Je regrette sincèrement de ne pouvoir mieux faire, car les trois premiers numéros de la Vie Ouvrière m’ont beaucoup plu et je serais heureux de la lire régulièrement. S’il vous plaît, je garderai encore le carnet d’abonnement que vous m’avez confié, car plus tard je pourrai, peut-être, Le faire servir.

« Avec mes souhaits de bonne réussite, recevez... »

Cette lettre est vraiment saturée à la fois d’amertume et de sympathie. D’amertume, par suite de l’insuccès du quotidien, et de sympathie pour la revue naissante.

Il est naturel que la mort rapide et soudaine de la Révolution ait laissé derrière elle cette amertume et ce manque de confiance. C’était fatal. Et c’est vraiment fâcheux, car le quotidien n’est pas mort de ce qu’il n’avait pas un public — il en avait un -- mais de ce qu’il fut mal lancé, mal rédigé, mal administré. Nous sommes quelques-uns à avoir connu l’amertume, non seulement de l’échec, mais encore de la marche à l’échec.

Il serait injuste de s’en prendre, de cet échec, à la masse des militants qui n’auraient pas fait leur devoir. Ils le firent pour la Révolution  ; ils l’ont fait encore pour la Vie Ouvrière.

Lors du lancement de la revue, me basant sur une expérience de plusieurs années de travail dans la librairie, sur la connaissance des méthodes administratives de la revue Pages Libres où je fus employé pendant deux années, je crus que nous aurions intérêt à appliquer ces méthodes pour la recherche des abonnés de la Vie Ouvrière. En conséquence, nous adressâmes, soit le premier, soit le deuxième de nos numéros à quelques milliers d’adresses d’abonnés possibles, recueillies forcément un peu à la légère. Cette méthode nous a donné des résultats presque insignifiants ; ce n’est pas celle qui convient pour notre public.

Si nous l’avions employée seule, nous aurions, aujourd’hui, 100 à 130 abonnés au maximum. Mais nous avions employé un autre système : le carnet d’abonnement envoyé à des militants connus. Environ 150 carnets furent expédiés, sans lettre particulière, sans être suivis d’autre chose que le service des numéros.

Je dois même dire que nous ne comptions pas beaucoup sur ce dernier système. À nos yeux, c’était une chance de plus, rien d’autre.

Eh bien ! c’est ce dernier système qui à fait la force de la Vie Ouvrière. C’est lui qui a amené le gros des abonnés, près de 300.

Nous sommes heureux de nous être trompés. Nous vérifions vraiment ainsi que la Vie Ouvrière n’est pas une revue comme les autres. Nous ne voulions pas qu’elle soit l’oeuvre d’un petit groupe formé de Parisiens, mais bien l’oeuvre de la collaboration — tant pour la rédaction que pour l’administration — de tous les militants. Nous ne savions comment y arriver. Instinctivement, par la force même des choses, nous y sommes arrivés. Et qu’on ne se figure pas que cette collaboration consiste tout bonnement à nous amener des abonnés. Nenni. Ceux qui nous envoient les souches de leur carnet d’abonnement ne se gênent pas pour dire — et ils font bien ! ça pèche par ci, ça va par là.

C’est cette méthode que nous continuerons à appliquer, que nous généraliserons pour notre lancement de janvier. Voici à quoi nous avons pensé : adresser à des camarades sûrs les deux numéros de janvier, plus un carnet d’abonnement, afin qu’ils ne nous envoient pas seulement leur abonnement personnel, mais encore ceux qu’ils pourront, avec un peu d’effort, recueillir autour d’eux.

Il nous faudrait mille adresses de camarades. Que chacun de nos abonnés nous envoie une liste de ceux de ses amis qui seraient susceptibles de s’abonner eux-mêmes et de faire autour d’eux de la propagande pour la Vie Ouvrière.

Que ceux de nos abonnés qui n’en ont pas nous demandent un carnet d’abonnement. Que tous nous envoient des listes de camarades.

Si nous avons ces mille adresses, nous sommes certains de pouvoir annoncer dans le numéro du 5 février prochain que nous avons dépassé le millier d’abonnés nécessaire, et que le syndicalisme a réussi, en quatre mois, à assurer la vie de sa revue bimensuelle, par la contribution seule des abonnements. Que chacun donc mette la main à la plume et la plume sur une feuille de papier à lettre à notre intention.

 
P. Monatte
Section : La Vie ouvrière (1909-1914) - La Vie ouvrière, n° 5, 5 décembre 1909
Titre : En deux mois 500 abonnés - en quatre ?... 1000 - Pierre Monatte
Pour citer cet article : http://www.pelloutier.net/dossiers/dossiers.php?id_dossier=177 (consulté le 09-02-2010)

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